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Un nouveau tour



Il était à peu près dix heures du soir au Happy Bar de Karon. Personne n’avait l’air particulièrement gai. C’était la basse saison, les touristes étaient partis et les entraîneuses regardaient la télé affalées dans leurs sièges. Rick finit sa boisson et caressa l’idée de ramener une fille à la maison. Mais toutes les jolies étaient parties. Elles avaient gagné assez d’argent pour rester confortablement hors circuit pendant les prochains mois. La plupart étaient rentrées chez elles en Isaan dans leurs villages.

Rick paya sa note et se fraya un chemin hors du bar. Sa voiture était garée de l'autre côté de la rue. Il passa auprès des stands installés sur le parking. Ils vendaient des vêtements, des lunettes de soleil, des montres et les souvenirs habituels pour touristes. Alors il la vit – une ravissante jeune femme qui portait un chemisier court et un pantalon taille basse qui exposait un ventre plat. C’était la plus jolie fille qu’il ait jamais vue.

Rick commença à bavarder avec elle et lui demanda s’il pouvait lui payer un verre. La fille, son nom était Soopis, accepta l’invitation. Elle parlait très bien l’anglais et souriait tout le temps. Il pensa qu’elle était adorable comme tout. Il apprit qu’elle avait dix-neuf ans et qu’elle vivait ici à Phuket avec sa sœur Neung et qu’elle venait juste d’arriver de Nakhon Si Thammarat.

Ils finirent par aller ensemble à sa maison et ils firent l’amour. Ce fut merveilleux. Dans la voiture, elle s’assit près de Rick sur le chemin du retour, et il lui glissa un billet de mille baths dans la main.

" Qu’est-ce que c’est ? Que crois-tu que je sois, une fille de bar ? " Soopis était furieuse. " Je n’ai jamais couché au premier rendez-vous avant cette fois, mais je l’ai fait avec toi par ce que tu m’as beaucoup plu. Et maintenant tu crois que je suis une prostituée. » Elle éclata en sanglots et lui refourgua son billet sans même le regarder.

Rick se confondit en excuses. Ça faisait une paie qu’il n’était pas sorti avec une fille normale et il avait oublié comment ça se passait. Les excuses semblèrent avoir été acceptées et après il la vit tous les jours. Ils passaient les après-midi à la plage de Nai Harn, ils sortaient pour dîner le soir et ensuite ils allaient aux clubs pour boire un verre. Ils dansaient tout près l’un de l’autre et il n’avait jamais été aussi content de sa vie. Soopis ne réclama jamais d’argent, pas même un centime.

Une nuit, après une soirée romantique, Soopis l’embrassa tendrement et dit qu’elle voulait se fiancer avec lui. Son idée était de ne pas se précipiter, disait-elle. Elle l’aimait profondément et elle voulait rester avec lui pour toujours. Dans un an ils se marieraient et après encore une année ils auraient un enfant. Elle voulait un petit garçon qui lui ressemblerait à lui en tout point.

Bien qu’il eut un peu peur de l’admettre, même à lui-même, Rick était amoureux de Soopis depuis quelques temps. Il aurait aimé avoir une fille avec elle, et il voulait que son bébé ressemble à Soopis. Rick accepta sa proposition tout de suite et il commencèrent à planifier une visite aux parents dans le mois suivant pour arranger l’affaire. Il ne pouvait se souvenir d’avoir jamais été aussi amoureux.

Soopis vivait toujours avec sa sœur Neung qui travaillait dans un bar à Patong. Neung était à Phuket depuis cinq ans et son boniment préféré pour les pigeons était qu’elle venait juste d’arriver et qu’elle n’avait jamais fait l’amour avec un « farang » auparavant. Elle avait peur, disait-elle, par ce qu’elle avait entendu dire qu’ils étaient « très gros » et elle ne voulait pas avoir mal.

Les clients marchaient à tous les coups et, quand elle gémissait et criait, ils se sentaient vraiment puissants. Elle faisait fortune et Soopis était un peu envieuse.

Un soir pendant le dîner, Soopis semblait énervée et préoccupée. Rick lui demanda quel était le problème. Elle dit qu’elle l’aimait et qu’elle voulait être complètement honnête avec lui. Elle venait de rencontrer un très riche touriste qui vivait tout seul sur un grand voiler. Il semblait qu’il soit très épris d’elle et il lui avait offert dix-huit milles baths pour rester avec lui pendant un mois sur le bateau et lui tenir compagnie.

Soopis fit remarquer que Neung envoyait de l’argent à ses parents tous les mois et qu’elle-même n’avait pas d’argent et ne pouvait rien envoyer. C’était pour elle une occasion de prouver qu’elle était une bonne fille. Elle avait décidé qu’elle allait accepter l’offre de cet homme. Elle verrait Rick aussi souvent qu’elle pourrait se libérer et elle espérait qu’il comprendrait.

Rick était abasourdi, sans voix. Était-ce vraiment ce qu’elle voulait faire ?

" Je dois avoir cet argent. Je ne peux pas rentrer à la maison les mains vides. Je perdrais la face " souligna Soopis. " Bien sûr si tu m’aimais vraiment tu ne me laisserais pas faire ça. Tu as le pouvoir de m’en empêcher en me donnant simplement l’argent dont j’ai besoin. "

Rick hésita. Dix-huit milles baths était une grosse somme d’argent pour lui. Il la dévisagea, silencieux.

" Tu as donné de l’argent à des filles de bar avant. Est-ce que je vaux moins qu’une fille de bar pour que tu ne puisses me donner de l’argent ? " La voix de Soopis devint plus aigüe et plus forte " suis-je moins qu’une prostituée pour toi ? C’est ce que je suis ? Moins qu’une prostituée ? "

Soopis poussait des cris perçants et pleurait maintenant. " Nous avions prévu d’aller voir mes parents et de nous fiancer, et maintenant ceci nous en empêche. Je t’aime tant, mais tu m’obliges à me transformer en une prostituée comme ma sœur. Pourquoi ne peux-tu m’aider ? " Soopis sanglota la tête baissée. Il pouvait tout juste se le permettre mais il alla à la banque et retira dix-huit milles baths, et les donna à Soopis. Ils s’étaient entendus pour aller voir ses parents en début de semaine. Rick était certain d’avoir fait ce qu’il fallait, ça valait le coup.

Rick ne vit pas Soopis le lendemain ni le jour d’après. Il ne pouvait pas la trouver et s’inquiétait à son sujet. Il alla voir sa sœur Neung à Patong. Rick frappa à la porte de son appartement. Neung était à moitié réveillée et parut surprise et même presque ennuyée de le voir. " Pourquoi est-ce que tout le monde cherche ma sœur ? Il ya eu ce Canadien du voilier le Lagoon ce matin, de bonheur, et maintenant toi. Ne t’as t’elle pas dit ? Elle est partie hier en Hollande avec un moniteur de plongée."

Titre original : A new twist. Traduit de l’anglais pas MAGD

Ce qu’en pense Stickman :

vous pourriez changer les noms, le pays et cette histoire pourrait se répéter un millier de fois.