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Des vacances parfaites



Ça a vraiment été la meilleure semaine de ma vie. Le télésiège montait doucement au dessus des arbres couverts de neige, ce qui me laissait tout le temps de réfléchir à quel point tout se passait bien. J’étais là à St Moritz en train de faire du ski avec ma ravissante épouse. ‘Ma femme, ma femme, je t’aimais tellement que je t’ai épousé deux fois’, tournait dans ma tête comme une chanson d’amour.

Soopis était de Nakhon Si Thammarat en Thaïlande. Je l’ai rencontré à Phuket alors que j’étais en vacances. Elle m’avait dit qu’elle aussi était en vacances et qu’elle était juste de passage, visitant Patong pour la première fois. Nous avons passé deux semaines ensemble. J’étais avec elle nuit et jour. J’étais tombé follement amoureux de cette créature sensuelle. Nous nous sommes mariés la première fois il y a trois ans. J’avais fait le nécessaire pour son passeport et son visa et nous vivions à New York City. Je nageais en plein bonheur jusqu’à ce que je découvre qu’elle me trompait. Elle sortait pendant que je travaillais dans mon restaurant et elle avait couché avec plusieurs autres hommes. Finalement elle me quitta et nous divorçâmes. Ma vie était un désastre. J’avais le coeur brisé, j’étais dévasté. Il y a plein de jolies filles à New York mais je voulais seulement Soopis.

Aujourd’hui je suis un homme très très content. Voyez-vous elle m’est revenue.

L’année dernière j’ai reçu un appel en PCV de Phuket. C’était Soopis. Elle avait fait une terrible erreur en me quittant et elle voulait repartir de zéro. J’étais ravi ; ma vie se reconstruisait enfin.

Cependant la pensée qu’elle puisse me quitter à nouveau était plus que je ne pouvais tolérer. Je n’aurais pas été capable de le supporter. Je ne voulais prendre aucun risque. Je me rassérénai en lui expliquant à quel point je l’aimais et que cette fois nous resterions ensemble pour toujours. Nous avions fait tout les deux ce voeu. C’était il y a presque un an – c’est drôle la tournure qu’ont pris les choses.

Elle n’était pas trop intéressée par la froidure ni par le ski d’ailleurs. Ça ne l’intéressait pas du tout de venir avec moi jusqu’à ce qu’elle voit la brochure. Le Palace Hôtel fut autrefois la résidence d’été du roi et de la reine de Suisse. Il était rempli de vieilles tapisseries, d’antiquités et d’escaliers en marbre. Il y a avait aussi un spa de luxe qui satisfaisait à toutes vos lubies. Je pensais que Soopis passerait le plus clair de son temps à se faire coiffer, masser et manucurer ce qui m’allait. C’était plutôt cher, mais je voulais que cette semaine soit très spéciale.

Le soleil de fin d’après-midi projette de longues ombres sur les falaises et les crevasses en dessous. Certaines sont si profondes que la neige n’y fond jamais, même pendant l’été. Quelle était la profondeur de la neige dans ces trous béants ? Je ne savais pas. Quelle était la profondeur des déchirures de mon coeur ? Je ne le savais pas non plus.

Nous étions assis depuis vingt-cinq minutes sur le télésiège, glissant silencieusement vers le sommet de la plus haute montagne. Nous étions face nord, au dessus de la limite des arbres. Il faisait froid et gris, les ombres rendant difficile la vue sur les pistes en dessous. Avec une si faible visibilité peu de skieurs seraient encore là si tard dans la journée. Soopis ne voulait pas être là non plus, mais il était important qu’elle m’accompagne. Ce matin, je l’avais emmené dans l’un de ces magasins de luxe qui se succèdent sur le côté à l’entrée de l’hôtel et je l’avais laissé essayer un manteau en vison. J’avais laissé ma carte American Express sur le comptoir ; le manteau serait prêt pour l’heure du dîner.

La météo ne m’inquiétait pas. J’étais venu là plusieurs fois pendant la semaine. Je regardai la longue rangée de sièges vides en face de nous. Je me tournai et regardai derrière ; il n’y avait personne derrière nous aussi loin que je pouvais voir. J’étais seul avec ma ravissante femme et le silence paisible. J’étais comblé de bonheur.

Je jetai un coup d’oeil à Soopis. Elle n’avait jamais aimé les hauteurs et elle s’agrippait au siège à deux mains.

‘Je ne sais pas comment j’ai pu me laisser convaincre de venir ici. Je ne serai jamais capable de redescendre en ski’ dit-elle d’une voix agacée.

‘Ne t’en fait pas ma chérie, tout va bien aller’ dis-je gentiment.

Nous atteindrions le sommet dans cinq minutes. Il était presque temps. Je me rapprochai, passai un bras autour d’elle, lui dit à quel point je l’aimais et je lui demandai si elle se souvenait de notre voeu d’être toujours ensemble.

‘Oui, oui, je me souviens. Maintenant arrête tu fais se balancer le siège.’

Je lui parlai d’un ton calme et tranquille, lentement, comme à un enfant. Je voulais qu’elle comprenne parfaitement. Je ne pus m’empêcher de sourire alors que je lui parlai.

‘Eh bien, si tu te souviens pourquoi es tu sortie avec d’autres hommes ? Pensais-tu que je ne m’en apercevrais pas ? Penses tu que je sois stupide ?’

‘Oui, tu es stupide. Tu m’écoeures et je te quitterai dès que nous serons rentrés à la maison’.

‘Si tu fais ça, tu manqueras à ta promesse et je ne peux pas te laisser faire ça’ lui dis-je avec un sourire de plus en plus large. Je me sentais serein et grisé en même temps.

Mon timing était excellent, encore une autre minute. Je murmurai à son oreille. ‘Ma chérie je t’aime tant et j’ai juré que nous serions ensemble pour toujours et nous le serons.’

Je la pris dans mes bras, la rapprochant de moi.

‘Tout va bien aller’

‘Tu es fou, laisser moi partir. Je veux descendre.’

‘Vraiment’ demandai-je en me fendant d’un large sourire. Comme c’était drôle pensais-je. Elle commençait à paniquer. Je pouvais voir ses yeux s’agrandir et sa bouche s’ouvrir comme pour pousser un cri. Je la tenais fermement et je sautai du télésiège juste où je l’avais prévu. Elle lâcha prise instantanément et nous plongeâmes soixante soixante-dix mètres plus bas dans la crevasse remplie de neige.

Nous serions ensemble pour toujours et personne ne viendrait plus nous déranger.

Titre original : The perfect vacation. Traduit de l’anglais pas MAGD

Ce qu’en pense Stickman :

Super, comme d’habitude.