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Un cas de fièvre jasmin



Danny s’arrêta au Happy Bar de Karon pour boire un coup alors qu’il rentrait à la maison. Il commanda comme d’habitude un Sang-Som(1) soda. Il y avait une silhouette avachie tout au bout du comptoir. Il était difficile de dire qui c’était pourtant elle semblait étrangement familière. Danny pris son verre et s’approcha doucement de l’homme. Nom de Dieu, c’était son ami Mac. Danny s’assit près de lui en se demandant bien comment il allait le ramener chez lui. Je le ramasse et je l’embarque, se dit-il. ‘Grand Dieu, il est en piteux état. Je parierais que ça fait trois jours qu’il est là, couché comme ça sur le zinc.’

Danny écarta la bouteille vide de Mékong(1), balaya les mégots de cigarettes et poussa le cendrier. Il passa un bras autour de son ami et le remis debout. ‘Mac, réveille-toi. C’est l’heure de rentrer à la maison.’

Mac leva la tête. Il avait une barbe de plusieurs jours et son haleine empestait l’alcool et la cigarette. Il regarda Danny avec les yeux dans le vague. ‘Qu’est-il arrivé ? Je sais qu’elle m’aimait. Je me demande bien ce qui s’est passé’ marmonna-t-il.

‘On dirait bien un cas de fièvre jasmin mon ami. Faut rentrer à la maison maintenant.’ Danny souleva Mac et il se dirigea vers la Toyota gris métallisé avec Mac qui parlait dans sa barbe tout le long du trajet. Il aida Mac à s’installer sur le siège passager et alors qu’il faisait le tour du véhicule pour regagner la place du conducteur il vit son ami Peter qui se dirigeait vers lui. ‘Ça alors, qu’est-il arrivé à Mac ?’

‘Un cas sévère de fièvre jasmin’

‘Qu’est-ce que c’est que ça ?’

‘C’est comme avoir la malaria et la dengue en même temps. Ça te tombe dessus et il n’y a pas grand chose à faire. En premier ça touche le coeur puis ça monte au cerveau. Tu commences par avoir de graves hallucinations, tu imagines plein de trucs. Tu perds tout bons sens, tu commences à te comporter de façon irresponsable et bizarre. D’habitude les gens nouvellement arrivés au royaume en sont le plus victimes mais j’ai vu des gars qui sont ici depuis huit ou dix ans en être atteints.

‘Oh là là, ça craint. Ça se soigne ?’

‘Non, il n’y a pas de remède, il faut attendre que ça passe. Ça peut faire de toi un homme meurtri et ruiné. Il suffit de regarder ce bon vieux Mac. En fait, si tu l’attrape jeune, il y a une petite chance. Ce que tu dois faire c’est te tremper la tête dans un saut d’eau froide chaque matin, boire une tasse de café fort et te mettre quelques claques dans la tête.’

‘Comment Mac l’a-t-il attrapée ?’

‘Ça n’aurait pas du lui arriver. Il vient en vacances à Phuket tout les ans depuis six ans. Il n’aurait pas du se faire avoir. D’après ce qu’il m’a dit, la dernière chose dont il se souvient c’est d’avoir fait une promenade à la plage au clair de lune main dans la main avec sa copine Thaïe. Elle tendit les bras vers son cou et l’enlaça, lui dit qu’elle l’aimait plus que tout autre chose dans ce monde. Il se souvient du clapotis des vagues et de l’odeur de jasmin dans l’air. Cette nuit après une bonne partie de jambes en l’air, elle enroula son corps ferme de jeune femme de vingt-trois ans autour de lui et dit qu’elle voulait prendre soin de lui et rester avec lui jusqu’à la fin de ses jours, si seulement elle pouvait trouver un moyen de subvenir aux besoins de sa mère une fois qu’elle aura arrêté de travailler dans les bars. Le jour suivant il se réveilla et était touché de plein fouet – la fièvre jasmin. Il pensait qu’il pourrait vivre heureux jusqu’à la fin de ses jours avec entraîneuse de bar Thaïlandaise.

Il sortit et acheta un restaurant pour un demi-million de baths, le mis à son nom à elle, le pauvre type. Deux semaines avant l’inauguration elle sortit et acheta une sono stéréo et un téléviseur aussi. Elle dépensa une fortune – avec son argent à lui bien sûr. Il sauta au plafond, et commença à discuter avec elle sur le fait que c’était une dépense trop importante. Elle décrocha le téléphone et appela la police. Elle le fit jeter dehors. Il ne pouvait pas y croire. Tu sais comment est Big Mac, n’est-ce pas ? Eh bien un gringalet de policier Thaï, il devait bien peser quarante cinq kilos tout mouillé, se pointa et agita des menottes en face du visage de Mac, lui dit que s’il le revoyait ne serait-ce qu’une seule fois dans cette rue ou que s’il remettait les pieds dans cette propriété il l’emmènerait à l’aéroport et le mettrait dans le premier avion prêt à décoller. Depuis il est resté au bar, se demandant bien ce qui c’était passé. Mais assez parlé de ça, c’est trop déprimant. Et toi ? Que deviens-tu ?’

Peter hésita un instant. ‘C’est drôle, mais j’ai décidé d’héberger ma copine. Elle va arrêter de travailler au « soi » Sea Dragon et va venir vivre avec moi. C’est vraiment une fille très gentille et elle veut arrêter de travailler dans les bars. C’est une fille bien, elle n’est pas comme toutes les autres.’

‘Holà Peter ! Tu sais que je suis ton ami n’est-ce pas ? Et que je t’aime comme un frère,’ dit Danny en s’approchant d’un pas.

‘Vraiment ?’

Danny attrapa Peter par la chemise et le gifla fort, deux fois, la main bien à plat, PAF ! PAF!

‘Eh bien, alors, mais tu vas te réveiller bon sang.’

Titre original : Jasmine fever. Traduit de l’anglais pas MAGD

(1) Le Sang Som est un rhum thaïlandais (40 % vol)

(2) Mékong : whisky local fabriqué à partir d’alcool de riz (35% vol)

Ce qu’en pense Stickman :

Génial !