Readers' Submissions

Tout commença quand…



Cette histoire se déroule il y a très longtemps quand nous étions bien sûr tous novices et nubiles, et le reste est, comme ils disent, de l’histoire.

Il gelait à Boston et l’Américain était enchanté de sentir la douce brise alors qu’il marchait en direction de l’arrêt de bus. C’était son premier jour en Thaïlande, il était arrivé tard la nuit précédente. Il voulait venir ici depuis un bout de temps et il lui tardait de rendre visite à son ami de Nouvelle-Zélande qui était professeur dans une école de langue anglaise locale. Le professeur s’était installé confortablement avec une gentille Thaïlandaise et l’Américain était en chemin pour aller dîner avec eux. Il avait emmené des instructions écrites. Prendre le bus numéro onze rue Sukhumvit, passer le Monument de la Démocratie, Khao San Road, puis traverser le pont Pinklao, descendre au deuxième arrêt et prendre à gauche dans le premier petit « soi », une explication l’informant qu’il s’agissait d’une petite rue. Ça serait facile à trouver. Le « soi » Phet(1) se trouve le long de la pharmacie Union Hill(1). Les trottoirs sont sales et pleins de trous. Il faut vraiment faire attention aux nids de poules(1) quand vous les parcourez.

Le professeur d’anglais vivait dans l’un des plus vieux immeubles mais il y avait un service de sécurité qui appelle avant que quiconque ne puisse rentrer. L’Américain pris l’ascenseur jusqu’au quinzième étage et trouva leur appartement. Sai l’accueillit sur le pas de la porte et il enleva ses chaussures. Au moins ça c’était quelque chose qu’il savait. Il vit qu’il y avait des couverts pour quatre personnes sur la natte en joncs au lieu de trois.

Le Kiwi tendit à l’Américain une boisson.

‘Sang-thip(2) soda – un bon rhum local. La copine de Sai est en chemin. Tu vas l’aimer. Elle a une forte personnalité.’

Une sirène d’alarme hurla dans sa tête. Ça n’annonce rien de bon quand ils disent ça. Ça veut dire que la fille n’est pas belle ou carrément laide. Probablement obèse. Si elle a un joli visage il aura la taille d’un ballon de basket-ball. Je devrais reprendre un verre, pensa-t-il, voire deux – ça serait même mieux. Il avait tellement entendu parler au sujet des femmes en Thaïlande et voilà qu’il allait être coincé là pour sa première nuit de sortie.

Pour l’attendre ils s’assirent tous trois sur des coussins rouges posés sur la natte où un festin était déjà servi. Il y avait un poisson entier, des crabes, des crevettes, de la salade et du riz. Des petits bols de condiments, de la sauce de poisson, de la sauce piquante remplissaient tout l’espace disponible.

‘Tu ne vas quand même pas traîner dans les bars’ dit Sai. ‘Tu ne sais pas ce qui pourrait t’arriver.’

La soirée était prometteuse. Sai commençait à parler comme sa tante Hélène, qui a tenté à l’occasion de lui arranger des rendez-vous amoureux. À chaque fois il s’agissait d’une personne avec qui tante Hélène serait sortie.

Le convive avait le dos tourné à la porte quand la sonnette retentit. Sai ouvrit et il se retourna un tout petit peu et vit d’abord les chaussures noires à talons hauts en premier. Puis les jambes – incroyablement belles et longues. Elles montaient jusqu’à une mini-jupe en cuir. Au dessus il y avait un ventre nu aussi plat et lisse que le dessus d’une table. Un petit débardeur blanc complétait la tenue. Elle avait des lèvres rouges et pulpeuses, des cheveux noirs et soyeux. Mais ce fut son formidable sourire qui l’acheva. Il se demanda si Colgate la connaissait – ou les fabricants de Shampoing. Il lui semblait que si elle secouait sa tête, ses longs cheveux se seraient balancés autour d’elle au ralenti comme dans les publicités.

‘Tu dois être Dana(1). Je suis Jasmine.’

Elle le regarda franchement et sourit. Elle était éblouissante. Son sourire l’atteint, l’enveloppa, coula sur lui, le tenant captif comme si nous étions dans un épisode de Star Trek ou dans l’une de ses épopées spatiales qu’il avait souvent imaginé.

Capitaine Kirk. Déphaseur à pleine puissance. Paf !

Dana ne pouvait plus parler. Il avait arrêté de respirer.

‘Je suis désolé pour le retard. Vous devez avoir fin, mangeons.’

Jasmine s’assit à coté de lui. Sai prépara d’autres boissons. Les plats étaient délicieux.

Jasmine pela une crevette, se pencha sur lui et la plaça dans sa bouche. Il pouvait voir dans son décolleté ; ses seins ronds et fermes étaient tendus et prêts à surgir de leur confinement. Dana ne pouvait pas la quitter des yeux.

Elle rit. ‘La crevette est la seule chose au menu ce soir.’ Elle lui sourit. C’était un sourire qui en disait long, un sourire plein d’assurance et de circonspection. Cette fille pouvait lire dans son esprit. Il la connaissait depuis toujours.

Le dîner passa à toute vitesse. Le moment de partir était arrivé. Il la raccompagna jusqu’à l’ascenseur. Elle se tenait près de lui. Elle était aussi grande que lui. Son cœur battait fort. Il posa ses mains sur sa taille. Leurs lèvres se rencontrèrent. Ils s’embrassèrent d’abord doucement puis plus fort. L’ascenseur arriva à l’étage du hall d’entrée. Les portes s’ouvrirent pendant une minute et se refermèrent. Ils étaient toujours en train de s’embrasser.

‘Je dois te revoir,’ dit Dana alors qu’il marchait en la tenant par la taille dans la rue.

Elle lui donna son numéro de téléphone. Elle l’attira à lui et l’embrassa à nouveau. Il la tenait tout contre lui et ses chevaux tombèrent sur son visage. Il pouvait sentir son parfum et sentir la douceur de sa joue contre lui.

Le petit collier de fleurs couleur ivoire qu’elle portait dégageait un parfum de jasmin qui parvint à ses narines et engourdit son cerveau.

‘Il faut que je te dise quelque chose – quelque chose que même Stick(1) ne sait pas. J’ai un secret,’ dit-elle doucement à son oreille. ‘Je suis « katoey ».’

‘Quoi ?’

‘Je t’expliquerais demain après le dîner, si tu m’appelles.’

Elle monta dans la voiture, sa jupe remontant encore plus haut sur ses hanches, mettant en valeur ses longues jambes bien galbées.

« Katoey » ? Dana se moquait bien de quelle province elle venait ou de quelle religion elle était.

Deux choses était certaines.

Tout ce qu’il savait c’était qu’il ne pourrait pas attendre jusqu’au lendemain soir et qu’il serait vraiment triste de la laisser ici et de retourner en Amérique.

Titre original : It all started when. Traduit de l’anglais pas MAGD

(1) Allusions à des contributeurs réguliers du site : Phet, Union Hill, Pothole Research, Dana….

(2) Le Sang-thip (ou Sang-Som) est un rhum thaïlandais (40 % vol)

Ce qu’en pense Stickman :

Excellent !