Readers' Submissions

Lequel a sauvé l’autre ?

  • Written by Union Hill
  • April 30th, 2007
  • 9 min read


Sur ce site nous avons eu notre lot de récits du genre «elle m’a brisé le cœur et elle a pris tout mon argent » ce qui, bien sûr, n’est pas vraiment surprenant vue les circonstances et la raison principale pour laquelle les farangs viennent en Thaïlande.

Mon expérience personnelle va complètement à l’encontre de cette tendance et ceci de bien différentes manières.

Je sollicite votre indulgence.

Il y avait un night-club au rez-de-chaussée d’Orchard Towers à Singapour. Le nom de cet endroit était une série de chiffres. Peut-être certains d’entre vous s’en souviennent-ils.

Les temps changent et ce lieu n’existe plus mais il y a dix ans, et pendant de nombreuses années auparavant, ce club était un endroit branché.

Live band, whisky frelaté, bière hors de prix et plein à craquer de belles-de-nuit Thaïlandaises. Une nuit vous aurait couté 200 SGD. Pas d’amende de bar. Vous l’auriez laissé partir au matin et vous seriez retourné le soir même au club la retrouver et dépenser à nouveau 200 SGD.

J’avais un appartement pas trop loin, cependant je m’étais promis de ne pas y aller ce soir là, mais j’ai été en quelque sorte attiré, comme un papillon par la flamme. J’étais incapable de résister. Tous les soirs, à minuit, vous m’y auriez trouvé accoudé au bar et en train de peloter quelque chérie Thaïlandaise.

Pourtant j’avais un plan. Jamais aucune de ces filles ne gagnerait mon cœur. J’étais blindé. A l’occasion j’aurais permis à l’une d’entre elles de loger gratuitement dans mon appartement (j’avais trois chambres) tant qu’elle était disposée à faire un peu de ménage, de cuisine et à se donner gratuitement de temps en temps. Ça aurait marché quelques semaines ou jusqu’à ce qu’elle doive quitter Singapour pour renouveler son visa. En tout et pour tout il n’était pas trop mal cet arrangement et elles n’insistèrent jamais pour revenir. Aucune démonstration d’amour, aucune histoire sordide au sujet de leur famille, pas de chantage pour plus d’argent. Ces filles étaient de vraies professionnelles et je l’appréciais.

Une nuit, alors que je me trouvais là, me tenant tranquille dans mon coin, cette femme vint à mes cotés et engagea la conversation. Je l’étudiais par-dessus le rebord de mon verre de bière. Elle n’était pas du tout mon genre. Elle portait des jeans et un simple chemisier rose. Ses cheveux étaient attachés en arrière et elle portait des lunettes. Par pour le look mais pour voir. Je pensai en mon for intérieur ‘cette gentille jeune femme va se faire manger toute crue dans cet endroit. – Ne soit pas bête -’.

Bon était son nom et elle était à Singapour depuis deux jours. Elle avait un visa touristique valable quatorze jours et elle n’avait jamais été à Singapour avant. (Ouais, c’est ça ! !)

De fil en aiguille je la ramenai à la maison. Ce devait être un vendredi ou un samedi soir par ce que je n’avais pas à travailler le lendemain.

Bon s’était levé de bonne heure et était en train de préparer un petit déjeuner quand je me réveillai. Nous discutâmes pendant le petit déjeuner et bon sang une vraie conversation s’engagea, avec blagues et tout et tout. Je n’en avais pas eu de pareille avec une femme depuis un bout de temps. Cette femme était vraiment très drôle.

Je la détaillai à nouveau. La lumière crue du jour et la sobriété avaient souvent rompu le charme auparavant, mais cette fois, Bon, sans maquillage ni lunettes et avec ses cheveux détachés, avait meilleure mine que la nuit dernière. J’avais besoin d’une sérieuse discussion avec moi-même. Nom de Dieu, je ne peux pas aimer cette fille. Ce n’est pas dans mon plan.

Ne me demandez pas ce qui arriva mais tout ce que je sais c’est que nous voilà dans le logement temporaire de Bon quelque part dans le centre de Singapour en train de prendre ses vêtements par ce qu’elle va rester avec moi jusqu’à l’expiration de son visa dans douze jours. En réalité cela va me coûter 2400 foutus Dollars de Singapour. Assez étrangement, ceci ne sembla pas me perturber du tout à ce moment.

Eh voilà ! Je partageais à nouveau mon appartement. Mais nous n’avions pas établi les règles de base ou quoique soit d’autre. On couche ensemble : je paie ou quoi ? La cuisine, le ménage, la lessive : qui fait quoi ?

C’est la partie la plus étrange, nous nous mirent en ménage avec une aisance remarquable (je veux dire surtout moi). Il n’y avait pas de frictions, pas de sentiment d’envahissement de l’espace de l’autre et les détails qui m’avaient fait souci se sont réglés d’eux-mêmes.

Bon ne retourna pas au night-club ni ne parla d’argent.

Au bout d’une quinzaine de jours elle devait partir par ce que son visa était arrivé à expiration et elle allait retourner à Bangkok. Retour sur terre ! Elle n’avait pas d’argent hormis le peu d’argent de poche que je lui avais donné. Comment allait-elle s’en sortir ?

Bon d’accord, je crachai 2000 USD et je lui dis de revenir tout de suite. Elle me dit qu’elle devait rester quelques jours à Bangkok et qu’elle reviendrait ensuite auprès de moi. Je la conduisis à l’aéroport et la voilà partie.

Que diable allais-je faire maintenant ? J’étais tombé amoureux d’une prostituée. Elle avait emménagé chez moi et il semblait que j’avais créé un précédent en lui donnant un salaire. Ceci devait s’arrêter avant de devenir incontrôlable.

En fait Bon ne revint pas immédiatement à Singapour. Elle appela pour me dire qu’elle était allée voir sa mère à Ubon Rachathani (où diable était-ce ?) et qu’elle serait de retour dans une semaine ou deux. Super, c’était suffisant pour trouver un plan et me sortir de ce pétrin.

Et alors, devinez quoi, elle commença à me manquer. Je ne sortais plus ni pour boire ni pour autre chose ! Je rentrais à la maison après le travail et je regardais la télé. Il fallait que je me ressaisisse !

Au bout d’un certain temps Bon revint à Singapour et j’allais la chercher à l’aéroport. En voyant son visage souriant et son plaisir manifeste de me revoir j’ai été attendri. Je devais bien l’admettre, j’aimais vraiment cette femme.

Nous reprîmes là où nous en étions restés. Bon revint dans mon appartement et nous continuâmes à nous plaire chacun dans la compagnie de l’autre. Lui obtenir un nouveau visa toutes les deux ou quatre semaines (selon le caprice du fonctionnaire de l’émigration) était vraiment chiant mais nous trouvâmes des solutions intéressantes. Un voyage à Johor Baru puis à Kuala Lumpur puis à Batam et à Jakarta, mais ça coûtait un peu cher.

Je lui donnais 2000 USD chaque mois et avec Bon se chargeait d’acheter des victuailles et de régler nos dépenses courantes. Quoiqu’il resta elle le gardait. Je ne lui ai jamais demandé combien elle gardait et elle ne réclama jamais plus.

Après quelques mois, nous décidâmes que nous devions contourner cette connerie de visa par ce que ça commençait vraiment à être pénible.

Ping… Une idée. J’embaucherais Bon en tant que domestique. A Singapour c’est tout à fait courant. Tout le monde à une bonne, bien qu’elles soient principalement Indonésiennes ou Philippines. Il y a une taxe mensuelle à payer au gouvernement mais c’est bien moins cher que d’entrer et de sortir du pays toutes les deux semaines. Avec une carte de domestique Bon pouvait rester à Singapour pendant une période de 12 mois. Bien sûr nous étions libres d’aller et venir à notre guise.

Ça a bien marché et en un laps de quelques mois nous étions devenus un couple improbable.

Quelques années plus tard nous nous sommes mariés légalement à Bangkok et j’ai fait enregistrer mon mariage à mon ambassade. Aucune dot ne fut payée ni ne fut demandée. Je lui ai acheté une alliance en or et un diamant en pendentif.

Nous pûmes alors en finir avec l’emploi de « domestique » à Singapour.

Une paire d’années après, nous avons déménagé à Bangkok où j’avais décroché un assez bon job. Maintenant ça fait cinq ans que nous vivons ici.

En Août ça fera neuf ans que nous sommes ensemble et je n’aurais jamais imaginé trouver une meilleure femme ailleurs. Pendant tout ce temps je n’ai pas lavé une tasse ou repassé une chemise.

Nous vivons dans une très belle maison (qui est à son nom bien sûr) et nous avons un très bon niveau de vie. Nous avons à peu près le même âge et nous jouons même au golf ensemble.

Il y aura peut-être une fin inattendue mais j’en doute.

Je m’estime très chanceux.

Titre original : Who saved who ? Traduit de l’anglais pas MAGD

Ce qu’en pense Stickman :

C’est si bon d’entendre une histoire positive comme celle là