Readers' Submissions

Grande, bien roulée et Thaïe

  • Written by Union Hill
  • April 17th, 2007
  • 9 min read


La chance et moi nous n’avons jamais été de grands amis. Je n’ai rien contre elle. Il y a juste qu’elle ne m’a jamais fait de faveurs. Je n’ai jamais rien gagné à la tombola ni même quelques misérables livres sterling au loto. Je ne parie pas souvent sur les chevaux ni ne vais au casino. Ce n’est pas que je sois malchanceux non plus. Mais la chance ne m’apporte pas grand chose non plus. Enfin, d’habitude.

Depuis il y a eu cette nuit, jeudi dernier, où j’ai été bougrement chanceux. Comme Frank Sinatra l’a chanté, la Fortune a vraiment soufflé sur mes dés.

La semaine dernière j’ai fait l’un de mes voyages d’affaires habituels à Singapour. Rien de particulier à ce sujet et je suis descendu comme à l’accoutumée à l’hôtel Hilton sur Orchard Road. Je me rendais à ma chambre au seizième étage et c’est alors que quelque chose d’anodin arriva. Par la suite cet événement insignifiant a probablement sauvé ma carrière et par conséquent ma vie, pour autant que je le sache. Je n’en apprécierai l’importance qu’ultérieurement.

J’enfonçai la carte dans la serrure. Le petit témoin lumineux vert s’alluma et la serrure cliqueta indiquant ainsi que la porte était maintenant déverrouillée. J’essayai de tourner la poignée mais elle ne voulait pas bouger. Comme vous avez seulement quelques secondes avant que la porte ne se reverrouille automatiquement, je posai mes bagages parterre et essayai à nouveau. Sans succès. Je n’avais vraiment pas envie de rebrousser chemin jusqu’à l’accueil pour régler ça aussi je retentai le coup. Cette fois j’empoignai le bouton de porte fermement et appliquai une grande force. Bien sûr cette fois la porte s’ouvrit en cliquetant, mais cela demandait plus de force qu’il n’est raisonnable et une vieille Chinoise, par exemple, n’aurait jamais été assez forte pour l’ouvrir.

Je notais mentalement d’en informer la réception la prochaine fois que je passerai devant puis j’oubliais très vite toute l’affaire.

J’avais choisi l’Hilton par ce qu’il est juste en face d’Orchard Towers où, si vous êtes à la recherche d’aventures nocturnes, il y a ce qu’il faut. Si vous ne connaissez pas bien Singapour, Orchard Towers est un centre commercial et un immeuble de bureaux respectable pendant le jour, mais la nuit quatre étages entiers sont voués à la prostitution(1). Quand le soleil se couche il commence à y avoir de l’ambiance et ce jusqu’à cinq heures du matin ! Les différents établissements sont pleins à craquer de Thaïlandaises, de Philippines, d’Indonésiennes et de Vietnamiennes toutes à la recherche d’un homme avec qui coucher moyennant finance. Tout à fait mon genre d’endroit.

Il y avait plus de ladyboys qui traînaient que dans mon souvenir mais ce n’est pas mon truc de toute façon. Je fus surpris de constater que l’un des établissements les plus populaires d’Orchard Towers était maintenant fermé. Top Ten avait fermé ses portes définitivement. Top Ten avait été en quelque sorte l’un des symboles de Singapour du temps de sa splendeur. Un bar avec orchestre devenu boîte de nuit. Pour ma part je suis triste que ce soit fini. Je pense qu’ils avaient toujours une demi-bouteille de vodka avec mon nom écrit dessus dans la partie du bar réservée aux habitués.

De toute façon il y avait plein d’autres endroits et je changeai de direction pour aller à l’Ipena World Music Bar au premier étage. Apparemment il n’y avait aucun changement ici. Les moquettes ont des joints qui se chevauchement et font des bosses qui vous font trébucher quand vous êtes à moitié bourré que vous voulez paraître cool. Le service au bar est le pire de toute l’Asie et la climatisation est à fond. Cet endroit est bondé de prostituées, principalement Thaïes, et vous avez une visibilité de dix mètres due à l’épaisseur de fumée de cigarette. La musique est super et j’aime y aller.

Je n’y suis pas resté longtemps et ma descente n’étant plus ce qu’elle était, donc, en gros, j’allais voir s’il y avait de belles nanas. Alors je la vis. Elle était tout à fait mon type. Grande, bien roulée et Thaïe. En incluant ses chaussures, sa tenue se composait exactement de quatre éléments. Une robe à fleurs et à fines bretelles, une culotte et des sandales à talons hauts. Que la partie commence. Cette dame pourrait bien dormir au Hilton cette nuit.

Et c’est ce qui arriva.

Je lui payai un verre ou deux et nous papotâmes. Il ne me fut pas demandé de danser ou de faire quoi que soit d’idiot dans ce genre et à onze heures Em – c’est comme ça qu’elle disait s’appeler – et moi nous prenions le chemin qui mène à ma chambre d’hôtel.

Les jeux commencèrent et après une paire d’heures à jouer à ‘cacher la saucisse’ je m’endormis.

Quand je repris conscience il était environ quatre heures du matin. La lumière de la salle de bains était allumée et Em était en train d’enfiler sa robe.

"Oh, tu t’en vas ? " lui demandai-je en sortant du lit.

"Oui je dois partir mais la porte est bloquée." Il y avait une légère nervosité dans sa voix mais je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite.

Bien sûr la porte n’était pas verrouillée. Elle était juste dure à ouvrir et j’avais oublié d’en parler à l’hôtel.

Mon intention avait été de me lever, de payer la fille et de lui ouvrir la porte comme n’importe quel gentleman l’aurait fait mais il y avait quelque chose qui n’allait pas.

Mon ordinateur portable était dans sa housse de transport et était posé parterre tout près de la porte. Il n’était pas là où je l’avais laissé. Je pris mon portefeuille et devinez quoi ?

Em se tenait là, visiblement nerveuse.

"Qu’est-ce que mon ordinateur fait là ? " lui demandai-je en lui montrant en même temps l’intérieur vide de mon portefeuille.

Bien sûr elle venait d’être prise la main dans le sac. J’étais maintenant un peu fâché.

Il y avait eu environ deux cent quatre-vingt cinq dollars de Singapour dans mon portefeuille et deux milles bahts. Elle avait tout escamoté mais elle m’avait laissé ma carte bancaire. Mon téléphone, elle l’avait aussi emballé dans la housse de l’ordinateur portable.

La salope.

"Bon que faisons-nous maintenant ?" lui demandai-je. "Devons nous appeler le service de sécurité de l’hôtel ?"

Souvenez-vous que ça se passait à Singapour, pas en Thaïlande. On pourrait lui mener la vie dure si j’avais vraiment voulu lui faire des histoires. Je l’avais attrapée et elle commençait maintenant à paniquer.

Sa voix trembla et elle plaida pour que la laisse partir. Elle me rendit mes billets qu’elle avait chiffonnés dans sa main. Je les pris puis lui ouvris la porte et la jetai presque dans le couloir.

Pour que vous vous rendiez bien compte, mon ordinateur contient tout ma vie. Tout mon travail est dessus. En gros, si on me le vole, ou si je le perds, ma carrière entière se serait effondrée. Avant ce regrettable évènement je ne m’étais pas rendu compte à quel point cette foutue machine était importante pour moi. Au moins j’en ai maintenant fait une sauvegarde en bonne et due forme.

Je verrouillai la porte et retournai me coucher. Peut-être qu’au réveil le lendemain matin tout ceci se révèlerait n’être qu’un mauvais rêve.

Eh bien, huit heures du matin arriva et non, ça n’avait pas été un cauchemar. Hormis que j’étais un peu en colère contre moi-même, je me sentais également un peu déprimé. Quoi qu’on vous dise, dormir avec des prostituées est dangereux.

Je commençai à remballer et je faisais des allées et venues dans la salle de bains. Sur la tablette près de l’évier il y avait un petit portefeuille en cuir. J’étais certain que ce n’était pas le mien.

Je l’ouvris et à l’intérieur il y avait cinq cents dollars de Singapour en coupures de cinq dollars. Rien d’autre.

Je m’assis sur le rebord de la baignoire et je pouffais de rire.

Union Hill

Titre original : Tall, tasty & Thai. Traduit de l’anglais pas MAGD


(1) Ce lieu est appelé communément “The Four Floors of Whores” en anglais


Ce qu’en pense Stickman :

Remarquable et très bien écrit. Dieu existe vraiment alors. J’espère que les 500 dollars ont été dépensé à bon escient !